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Poésie et sensations

« Le matin-en dormant »

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J’entends des voix. Lueurs à travers ma paupière. 
Une cloche est en branle à l’église Saint-Pierre. 
Cris des baigneurs. Plus près ! plus loin ! non, par ici ! 
Non, par là ! Les oiseaux gazouillent, Jeanne aussi. 
Georges l’appelle. Chant des coqs. Une truelle  
Racle un toit. Des chevaux passent dans la ruelle.  
Grincement d’une faux qui coupe le gazon.  
Chocs. Rumeurs. Des couvreurs marchent sur la maison. 
Bruits du port. Sifflement des machines chauffées. Musique militaire arrivant par bouffées. 
Brouhaha sur le quai. Voix françaises. Merci.  
Bonjour. Adieu. Sans doute il est tard, car voici  
Que vient tout près de moi chanter mon rouge-gorge.  
Vacarme de marteaux lointains dans une forge.  
L’eau clapote. On entend haleter un steamer.  
Une mouche entre. Souffle immense de la mer.  
 
Victor Hugo  « Fenêtres ouvertes », dans l’Art d’être grand-père, 1877 

 

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« Apprendre à voir »

palettte de couleur

Les champs de blés mauves et les près rouge sang
Le tronc des arbres bleu le feuillage ocre ou brun
Les agneaux verts les chèvres jaunes et les vaches argentées
Le ruisseau de mercure et la mare de plomb
La ferme en sucre roux l’étable en chocolat
Pourquoi pas pourquoi pas pourquoi pas pourquoi pas

Raymond Queneau, « Apprendre à voir », dans Battre la campagne, 1968

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