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Poésie et objets

« Le buffet » d’Arthur Rimbaud

Le buffet
C’est un large buffet sculpté ; le chêne sombre,
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens ;
Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants ;

Tout plein, c’est un fouillis de vieilles vieilleries,
De linges odorants et jaunes, de chiffons
De femmes ou d’enfants, de dentelles flétries,
De fichus de grand’mère où sont peints des griffons ;

– C’est là qu’on trouverait les médaillons, les mèches
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits. 

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« Les horloges » d’Emile Verhaeren

Les horloges
La nuit, dans le silence en noir de nos demeures,
Béquilles et bâtons qui se cognent, là-bas;
Montant et dévalant les escaliers des heures,
Les horloges, avec leurs pas ;

Émaux naifs derrière un verre, emblèmes
Et fleurs d’antan, chiffres maigres et vieux;
Lunes des corridors vides et blêmes,
Les horloges, avec leurs yeux ;

Sons morts, notes de plomb, marteaux et limes
Boutique en bois de mots sournois,
Et le babil des secondes minimes,
Les horloges, avec leurs voix ;

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« Le cageot » de Francis Ponge

Le cageot

    A mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot, simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie.
    Agencé de façon qu’au terme de son usage il puisse être brisé sans effort, il ne sert pas deux fois. Ainsi dure-t-il moins encore que les denrées fondantes ou nuageuses qu’il enferme.
    A tous les coins de rues qui aboutissent aux halles, il luit alors de l’éclat sans vanité du bois blanc. Tout neuf encore, et légèrement ahuri d’être dans une pose maladroite à la voirie jeté sans retour, cet objet est en somme des plus sympathiques – sur le sort duquel il convient toutefois de ne s’appesantir longuement.

Francis Ponge, Le Parti pris des choses, Poésie Gallimard, 1942

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« Faits divers » d’Eugène Guillevic

Faits divers

 » Fallait-il donc faire tant de bruit
autour d’une chaise?

–Elle n’est pas du crime.

C’est du vieux bois
qui se repose,
qui oublie l’arbre —
Et sa rancune
Est sans pouvoir.
Elle ne veut plus rien,
Elle ne doit plus rien,
Elle a son propre tourbillon,
Elle se suffit.

Eugène Guillevic, « Fait-divers », Choses dans Terraqué, Poésie Gallimard, 1942

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« La bicyclette » de Jacques Réda

Passant dans la rue un dimanche à six heures, soudain,
Au bout d’un corridor fermé de vitres en losange, 

On voit un torrent de soleil qui roule entre des branches 
Et se pulvérise à travers les feuilles d’un jardin, 
Avec des éclats palpitants au milieu du pavage 
Et des gouttes d’or — en suspens aux rayons d’un vélo. 
C’est un grand vélo noir, de proportions parfaites, 
Qui touche à peine au mur. Il a la grâce d’une bête 
En éveil dans sa fixité calme : c’est un oiseau (…). 

Jacques Réda, « La bicyclette », Retour au calme, Gallimard, 1989

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