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Portrait de Katniss

Même si pénétrer dans les bois est illégal et que le braconnage est puni de la façon la plus sévère, nous serions davantage à prendre le risque si les gens possédaient des armes. Mais la plupart n’ont pas le courage de s’aventurer à l’extérieur rien qu’avec un couteau. Mon arc, confectionné par mon père, comme quelques autres que je dissimule dans les bois, soigneusement enveloppé dans la toile imperméable, est une rareté. Mon père aurait pu en tirer un très bon prix, mais, si les autorités l’avaient découvert, on l’aurait exécuté en public pour incitation à la rébellion. En règle générale, les Pacificateurs ferment les yeux sur nos petites expéditions de chasse parce qu’ils apprécient la viande fraîche autant que les autres. En fait, ils comptent parmi nos meilleurs clients. Cependant ils n’auraient pas toléré que l’on puisse armer la Veine. En automne, quelques courageux se hasardent dans les bois pour cueillir des pommes. Mais toujours en vue du Pré. Toujours suffisamment près pour regagner au pas de course la sécurité du district Douze en cas de mauvaise rencontre.

– Le district Douze : on y meurt de faim en tout sécurité, je grommelle.

Puis je jette un rapide coup d’oeil autour de moi. Même ici, au milieu de nulle part, on s’inquiète constamment à l’idée que quelqu’un nous entende.

Quand j’étais plus petite, je terrorisais ma mère par mes propos sur le district Douze, sur les gens qui dirigent nos vies depuis le Capitole, la lointaine capitale de ce pays, Panem. J’ai fini par comprendre que cela ne nous attirerait que des ennuis. J’ai appris à tenir ma langue, à montrer en permanence un masque d’indifférence afin que personne ne puisse jamais deviner mes pensées. À travailler en silence à l’école. À me limiter aux banalités d’usages sur le marché, à ne discuter affaires qu’à la Plaque, le marché noir d’où je tire l’essentiel de mes revenus. Même à la maison, où je suis moins aimable, j’évite d’aborder les sujets sensibles. Comme la Moisson, la disette ou les Hunger Games – les Jeux de la faim. Prim risquerait de répéter mes paroles, et nous serions dans de beaux draps.

Dans la forêt m’attend la seule personne avec laquelle je peux être moi-même. Gale. Les muscles de mon visage se détendent, et je presse le pas en grimpant sur la colline vers notre point de rendez-vous, une corniche rocheuse surplombant une vallée. D’épais buissons de mûres la mettent à l’abri des yeux indiscrets. En découvrant Gale, je souris. Gale prétend que je ne souris jamais, sauf dans la forêt.[…]Je regarde Gale sortir son couteau et découper des tranches. Il pourrait être mon frère. Mêmes cheveux bruns et raides, même teint olivâtre et mêmes yeux gris. Pourtant nous ne sommes pas apparentés, du moins pas directement. La plupart des familles qui travaillent à la mine se ressemblent plus ou moins.

Hunger Games, Suzanne Collins, 2008, Pocket jeunesse

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Thésée contre le Minotaure

Il comprit que tous ces tours et ces détours l’épuisaient inutilement, et qu’il ferait tout aussi bien de patienter jusqu’à ce que le Minotaure, qui avait certainement senti sa présence, se décide à venir à lui. Il fallait simplement qu’il choisisse bien l’endroit pour attendre, car c’est là qu’il le combattrait. Un espace étroit où le monstre aurait du mal à se retourner lui sembla convenir. Il prit de profondes inspirations et ferma les yeux afin de mieux entendre.

Quand il les rouvrit, mu par une impulsion soudaine, il vit le géant à tête de taureau à une dizaine de mètres devant lui. Il n’avait rien senti, rien entendu, pas le moindre bruit, aucun de ces cris qui glaçaient le sang ! Il se redressa d’un bond, laissa glisser à terre la pelote pour être le plus agile possible, mit la longue épée en garde : il était prêt. Mais le monstre ne bougeait pas. Il se tenait bien droit, la nudité blême de son gigantesque corps d’homme contrastant horriblement avec la noirceur velue d’une tête disproportionnée. Les épaules et le cou, surtout, étaient impressionnants de puissance, et il était difficile de décider s’ils tenaient plus de l’homme ou de la bête. Les cornes, longues et acérées, formaient deux armes redoutables. Pourtant son regard, empreint d’une infinie tristesse, si humain au milieu de toute cette difformité, avait quelque chose de troublant. […]

Soudain, le Minotaure fonça sur lui, cornes en avant. Thésée se déroba au dernier moment et le monstre heurta le mur de toute sa masse. Il s’écroula, étourdi par la violence du choc, ce qui laissa au prince le loisir de préparer le coup suivant. Il sauta sur les épaules du Minotaure encore à terre, et tenta de transpercer de son épée la peau qui paraissait humaine, mais qui s’avérait dure et épaisse comme du cuir.

La bête, ranimée par la douleur, hurla, se débattant avec rage. Heureusement, l’arme de Minos était solide. Thésée put l’enfoncer aux deux tiers avant que le monstre ne réussisse à se relever.Toujours sur ses épaules,Thésée se cramponnait à l’arme d’une main, et, de l’autre, aux poils du cou du Minotaure, qui, par des ruades, tentait de le désarçonner. Le monstre ne faisait qu’aider l’épée à pénétrer plus profondément dans sa chair.

Marie-Odile Hartmann, Ariane contre le Minotaure, Nathan, « Histoires noires de la mythologie », 2004.

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Le mythe de Thésée

Son fils Androgée étant mort à cause d’Égée, roi d’Athènes, le roi de Crète Minos entre en guerre contre Athènes et remporte bataille sur bataille. Égée n’a pas de fils légitime, mais voilà qu’arrive à la cour Thésée, le fils qu’il a eu autrefois avec Æthra.

Les Athéniens envoyèrent des ambassadeurs à Minos pour le supplier de leur accorder la paix. Il y consentit, à condition que pendant neuf ans les Athéniens lui paieraient un tribut de sept jeunes garçons et d’autant de jeunes filles. Voilà sur quoi la plupart des historiens sont d’accord. Quant au sort des enfants déportés en Crète, la version la plus tragique ajoute qu’ils étaient ou dévorés par le Minotaure dans le labyrinthe ou condamnés à errer jusqu’à leur mort dans ce lieu, d’où ils ne pouvaient sortir.[…] Lorsque le temps de payer le troisième tribut arriva, et que les pères qui avaient des enfants encore jeunes furent obligés de les faire tirer au sort, Égée se vit de nouveau en butte aux murmures et aux plaintes des Athéniens. Il était seul, disaient-ils, la cause de tout le mal, et seul il n’avait aucune part à la punition ; il faisait passer sa couronne à un étranger, à un bâtard, et les voyait avec indifférence privés de leurs enfants légitimes. Thésée, touché de ces plaintes, et trouvant juste de partager la fortune des autres citoyens, s’offrit volontairement pour aller en Crète, sans tirer au sort. Les Athéniens admirèrent sa grandeur d’âme, et cette popularité leur inspira la plus vive affection pour lui.

Plutarque, Vie de Thésée, XV, XVII.

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La délivrance d’Andromède

Persée prend ses sandales ailées, les attache à ses pieds et suspend à sa ceinture son épée recourbée. Dans une besace qu’il porte à l’épaule, il a soigneusement rangé son précieux trophée : la tête de la Méduse. Il se prépare à s’élancer dans l’air pour parcourir le ciel d’un vol rapide. Le jeune héros savoure la gloire de sa puissance et de sa naissance : c’est le grand Jupiter lui-même qui est descendu de l’Olympe en prenant la forme d’une pluie d’or pour s’unir à sa mère Danaé, fille du roi d’Acrisius. Comme Bacchus et Hercule, Persée est fier d’être le fils du maître des dieux.

Persée vole : il a déjà laissé derrière lui d’innombrables terres, lorsqu’il baisse les yeux sur l’Ethiopie, le pays du roi Céphée. Le royaume est alors en plein bouleversement à cause de l’orgueil de Cassiopée, l’épouse de Céphée. En effet, la reine a osé se vanter d’être plus belle que les divines néréides, dont le palais se trouve sous la mer, et, pour la punir de cette audace, Neptune a envoyé un monstre marin ravager le pays. Le roi, affolé, a déjà consulté l’oracle pour savoir comment apaiser la colère du dieu et la réponse est tombée, terrible : c’est sa propre fille, Andromède, que Céphée doit offrir en pâture au monstre pour expier les insolents discours de sa mère. La mort dans l’âme, le roi a dû se résoudre à conduire sa fille au sacrifice.

La jeune princesse est attachée sur un rocher qui surplombe la mer. Malgré l’horreur de la situation, sa beauté resplendit : on pourrait la prendre pour une merveilleuse statue sculptée dans le marbre par le plus grand des artistes si ces cheveux ne flottaient pas au gré du vent et si ses larmes ne coulaient pas sur ses joues. Persée la voit : aussitôt séduit, il admire les charmes qu’il aperçoit ; il en oublie presque de battre les airs de ses ailes ! A son insu, les feux de l’amour ont déjà pénétré dans son coeur. Il s’arrête et descend ; à peine a-t-il posé le pied par terre qu’il s’écrie :
– Belle inconnue, tu n’es pas faite pour porter de pareilles chaînes ! c’est celles de l’amour qui devraient t’attacher ! De grâce, réponds-moi : comment t’appelles-tu ? Quel est le nom de ce pays ? Pourquoi es-tu enchaînée ?

Andromède se tait ; c’est une pure jeune fille innocente : elle n’ose pas regarder un homme, elle n’ose pas lui parler. Si elle avait pu se détacher, elle aurait caché son visage dans ses mains, mais elle ne peut que pleurer et ses yeux se remplissent de larmes. Cependant, Persée insiste et Andromède a peur de paraître coupable si elle ne répond pas : elle dit son nom, celui de son pays, et elle raconte comment la vanité de sa mère a causé son malheur.

Tandis que la princesse parle encore, la mer se met à bouillonner : dans un fracas épouvantable, un monstre surgit des vagues et s’avance vers le rocher ; sa taille est gigantesque et son corps couvert d’écailles semble couvrir toute la surface de l’eau. Andromède pousse un cri ; son père et sa mère courent vers elle, mais ils savent qu’ils sont trop faibles pour la secourir. Ils ne peuvent que se lamenter en embrassant leur fille attachée au rocher.
-Vous aurez plus tard tout le temps de pleurer ! leur dit alors Persée, mais nous n’avons qu’un instant pour sauver votre fille. Si je la demandais en mariage, moi, Persée, fils de Jupiter et de Danaé, moi qui ai vaincu la Gorgone à la tête hérissée de serpents, moi qui vole dans le ciel porté par des ailes légères, je suis sûr que vous me choisiriez pour gendre de préférence à tous les autres prétendants. Mais je veux faire plus que me présenter avec ces titres de gloire : avec l’aide des dieux, je veux obtenir Andromède parce que je l’aurai méritée. Si je réussis à la sauver grâce à mon courage, je demande qu’elle soit à moi : telle est ma condition !

Céphée et Cassiopée acceptent : comment auraient-ils pu refuser dans la situation où ils étaient ! Ils promettent au héros intrépide leur fille pour épouse et leur royaume pour dot.

Cependant, semblable à un navire rapide qui fend les vagues écumantes, le monstre approche en écartant les flots. Déjà il n’était plus qu’à un jet de fronde du rivage, quand, tout à coup, Persée frappe le sol de ses pieds pour s’élancer dans l’air : son ombre réfléchie par la surface de l’eau semble voler sur la mer ; le monstre la voit et se met à la combattre. Persée s’abat alors sur son dos comme un aigle qui saisit un serpent par-derrière pour éviter d’être mordu, et il plonge son épée recourbée dans son épaule droite. Atteint d’une profonde blessure, le monstre bondit et se dresse dans l’air de toute sa taille gigantesque. Il rugit : tantôt il se cache sous l’eau, tantôt il tourne sur lui-même comme un sanglier féroce poursuivi par une meute de chiens. Grâce à ses ailes, Persée échappe à la gueule béante qui essaie de le mordre et, à grands coups d’épée, il frappe sans relâche sur le dos hérissé d’écailles, sur les flancs, sur la queue qui ressemble à celle d’un poisson. Le monstre vomit des flots de sang mêlés aux flots de la mer : ils arrosent les ailes de Persée qui sent ses sandales s’alourdir. Le héros n’ose plus s’envoler car il a peur de tomber. Il a aperçu un écueil dont la pointe se dresse au-dessus des vagues. Il le prend pour appui et, tandis qu’il tient la pointe du roc de sa main gauche, il plonge trois ou quatre fois son épée dans le ventre du monstre, sans lui laisser aucun répit.

Des applaudissements et des cris de joie retentissent sur le rivage. Le monstre est mort : son corps sanglant a disparu dans la mer. Ravis, Céphée et Cassiopée félicitent le héros : ils le considèrent désormais comme leur gendre et comme le sauveur de leur royaume.

25 métamorphoses d’Ovide, Annie Collognat, Le livre de poche jeunesse, 2017

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